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Rapports AICESIS

Intervention du Président Monteiro à la Conférence Générale du Travail du BIT à Genève (9 juin 2008)

Publié le 22 octobre 2009

Monsieur le Président, Monsieur le Directeur Général,

La coopération entre l’Organisation Internationale du Travail et l’Association Internationale des Conseils Économiques et Sociaux et Institutions Similaires commence à mûrir, car il s’agit, entre autres, de deux institutions qui s’appuient sur un dialogue social large et sans restrictions. Le récent Rapport du Directeur général en est une preuve, une fois de plus, lui qui place au centre de tout progrès économique et social la liberté d’association et le droit d’organisation et de négociation collective, des choses que nos institutions, membres de l’AICESIS, cherchent également à promouvoir.

C’est avec une grande satisfaction que j’ai accueilli la nouvelle selon laquelle la Conférence a inscrit à son ordre du jour le thème « la promotion de l’emploi rural pour la réduction de la pauvreté », une question qui concerne toute la société . Une politique respectant les normes internationales du travail et de l’environnement permettra de développer des emplois de qualité dans le cadre de la promotion du travail décent.

Nous sommes ainsi convaincus que les nations doivent développer des politiques tournées vers la qualification et la certification professionnelle de leurs économies, en favorisant l’essor d’une main-d’œuvre qualifiée, employée et hautement productive. Au nom des Conseils, nous soutenons les efforts que l’OIT pourra déployer afin de sortir du cercle vicieux actuel – faible qualification, faible niveau de productivité, travail informel et pauvreté récurrente – pour entrer dans un cercle vertueux d’un emploi de qualité, plus productif et formel, avec un revenu plus important et une protection sociale assurée pour le travailleur et sa famille.

Cette réflexion est liée au débat sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement et s’attache en particulier aux populations rurales, qui sont les plus vulnérables et les plus affectées par la pauvreté dans le monde. Les campagnes restent en marge du progrès social et les conditions économiques détruisent les bases des systèmes traditionnels d’échange et de solidarité. Dans le monde entier, le mal de la pauvreté montre le peu d’attention que nous portons à la tragédie qui ébranle le monde rural, exclus du développement.

La stabilisation des populations rurales est devenue le grand défi pour la préservation des équilibres économiques et sociaux. Les dimensions de la question de l’emploi en milieu rural sont multiples. En résumé, ce secteur présente trois grandes configurations : 1) une situation de surpopulation associée à des revenus très faibles, avec un taux de chômage élevé ; 2) une agriculture capitalisée caractérisée par l’utilisation d’une main-d’œuvre de plus en plus rare ou par un processus de mécanisation croissante ; 3) une agriculture de transition, de nature dualiste, qui combine les deux situations précédentes, mais qui a atteint un seuil de saturation en ce qui concerne sa capacité à créer des emplois.

La question de l’emploi comprend des dimensions politiques, sociales, écologiques, techniques, instrumentales et humaines. Dans ce contexte, les valeurs prônées par l’OIT, de même que ses actions, sont au cœur de cette stratégie, à laquelle s’allie l‘AICESIS. Nous considérons que la question du travail décent, par exemple, est l’une des clés pour un développement durable et équitable.

J’aimerais vous rappeler que le thème proposé pour la période sous la présidence brésilienne de l’AICESIS est « Développement équitable et Responsabilité environnementale », vu sous l’angle spécifique de l’énergie et de ses liens avec le développement et l’environnement. La question des énergies renouvelables, en particulier les biocarburants, révèle des aspects importants pour tous les peuples. Des spécialistes défendent le maintien des biocarburants comme des exemples d’énergies propres. Dans le cas contraire, le mode en développement pourra perdre une grande occasion de réduire le fossé entre les pays riches et les pays pauvres, par l’exposition à des innovations technologiques, à l’expansion du commerce et à la génération d’emplois écologiques. De plus, les biocarburants peuvent être un moyen efficace d’étendre les bénéfices de la mondialisation à la grande majorité de la population pauvre du monde et en même temps, d’apporter une réponse appropriée au défi du réchauffement global, faute de quoi le secteur privé détenteur de ces technologies n’investira pas dans des marchés non solvables. Il s’agit là, toutefois, d’une question assez controversée, qui mérite une réflexion approfondie de tous. On peut citer en exemple la question de la hausse du prix des produits alimentaires et de l’inflation mondiale, qui devient préoccupante, même si on peut également l’attribuer à l’augmentation du revenu familial dans le monde, dans des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil, générant une demande accrue de produits alimentaires, et non pas seulement à l’augmentation de la production de biocarburants.

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement attachent une grande importance à la diminution de la pauvreté en milieu rural et à la réduction de moitié, d’ici 2015, de la proportion de personnes en situation d’extrême pauvreté et souffrant de la faim. Les Conseils économiques et sociaux sont solidaires de cette problématique et s’associent aux Nations Unies dans ses combats et dans son insistance à demander l’application du Protocole de Kyoto, signé en 1997, qui prévoit des moyens de transfert de connaissances en matière d’écologie vers les pays en développement. Les tables rondes de Paris, d’Alger, de Brasília et de Pékin sur les ODM réitèrent l’engagement des Conseils en faveur de la lutte contre la pauvreté aux côtés des Nations Unies.

Il est essentiel de s’orienter vers de nouveaux modèles. La nouvelle vision de l’évolution de l’emploi en milieu rural doit apporter de nouvelles perspectives afin d’élargir les opportunités d’emploi. Les espaces ruraux pourront être des territoires d’avenir, si l’on parvient à résoudre les problèmes de la reconquête spatiale, de la source de richesses et du territoire d’innovation.

D’une manière générale, les opportunités de création d’emplois en milieu rural sont loin d’être effectives. La problématique pourrait être résolue par : 1) la reprise des dynamiques territoriales de création d’emplois ; 2) la promotion de synergies entre les stratégies individuelles, familiales et collectives ; 3) une aide de l’État ; et 4) la construction d’un réseau de partenariats actif en faveur du monde rural

En ce qui concerne les pays émergents, il conviendrait d’encourager l’investissement rural dans des activités complémentaires permettant de recourir, dans des conditions économiques favorables, à l’excédent de travailleurs de la région.

En matière d’instruments, il conviendrait de mieux gérer le marché du travail, afin de reprendre le concept de l’OIT qui implique de nombreuses actions à développer en milieu rural, comme la rénovation des politiques de l’emploi à la campagne ; l’investissement dans la création d’entreprises et le soutien à l’installation de nouvelles activités

Ce sont là quelques-uns des nouveaux défis stratégiques qui permettront d’atténuer les insuffisances et les limites des mécanismes de réglementation du marché. L’apparition de la pluriactivité, des emplois écologiques, de la ruralité innovante et autonome constituent la base de l’écodéveloppement fondé sur un environnement solidaire, tel que le prônent des organismes partenaires représentés par l’OIT et la FAO.

Pour conclure, la question de l’emploi rural préoccupe les communautés nationale et internationale. Pour atteindre les ODM, il faudra de toute évidence passer par une réhabilitation du monde rural.

Les Conseils Économiques et Sociaux sont mobilisés pour lutter contre le chômage, sous l’orientation de l’Organisation Internationale du Travail, et pour promouvoir le dialogue social. Je vous remercie.

Dernière modification : 22 octobre 2009

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